
Le manuel de terrain
Techniques scoutes
Le nœud qui tient, le feu qui prend du premier coup, la carte qui mène au bon endroit. Tout ce qu'un scout apprend avec ses mains — rassemblé ici, pour être relu avant la sortie.
Pourquoi cela compte
Le réel ne négocie pas.
Un nœud mal fait se défait exactement quand quelqu'un y est suspendu. Un feu mal allumé fume deux heures et ne fait pas bouillir l'eau. Une carte mal lue emmène une patrouille dans la mauvaise vallée, à trois heures du camp, une heure avant la nuit.
C'est pourquoi la technique n'est pas un ornement du scoutisme : c'est le lieu où l'enfant rencontre une vérité qui ne se négocie pas, ne s'argumente pas et ne se contourne pas. Le scoutisme appelle cela le sens du concret et le range parmi ses cinq buts.
Rien de ce qui suit ne s'apprend en lisant. Mais tout ce qui suit se relit avec profit avant une sortie.
Les nœuds
Six nœuds qui suffisent à presque tout
Un bon scout connaît dix nœuds et fait les six ci-dessous les yeux fermés, les mains froides, en dix secondes. On vérifie toujours un nœud en tirant dessus — jamais en le regardant.
Le nœud plat
Réunit deux brins de même grosseur. Le nœud du pansement et du paquet. Jamais pour retenir une charge.
- 1Gauche sur droite, et passe dessous.
- 2Puis droite sur gauche, et passe encore dessous.
- 3Serre en tirant les deux bouts à la fois. Si le nœud glisse, tu as fait un nœud de vache : recommence.
Le nœud de chaise
Fait une boucle fixe qui ne se serre pas. Le nœud de sécurité du scout : autour de la taille, d'un arbre, d'un anneau.
- 1Fais une petite boucle sur le brin long (« le puits »).
- 2Le bout libre sort du puits par en bas (« le lapin sort du terrier »).
- 3Il contourne le brin long par-derrière (« il passe derrière l'arbre »).
- 4Il redescend dans le puits, et tu serres.
Le nœud de cabestan
Fixe vite un cordage sur un piquet ou un arbre. Le début et la fin de tout brêlage. Il se serre sous tension.
- 1Fais un tour autour du piquet, le bout libre passant sur le brin long.
- 2Fais un second tour, dans le même sens, au-dessus.
- 3Glisse le bout libre sous le second tour et serre. Les deux brins sortent en sens opposés.
Le nœud en huit
Le nœud d'arrêt : empêche un cordage d'échapper d'un anneau ou d'une main. Il se défait facilement, même après forte tension.
- 1Fais une boucle, le bout libre passant sur le brin long.
- 2Fais tourner le bout libre encore une fois autour du brin long — le huit apparaît.
- 3Repasse le bout libre dans la première boucle et serre.
Le nœud de bois
Saisit une bille de bois pour la traîner. Plus on tire, mieux il tient — et il se défait seul dès qu'on relâche.
- 1Passe le cordage autour de la bille.
- 2Fais passer le bout libre derrière le brin long.
- 3Enroule le bout libre trois ou quatre fois autour de sa propre boucle, puis tire sur le brin long.
Le nœud d'écoute
Réunit deux cordages de grosseurs différentes — le seul cas où le nœud plat lâche. Sert à rallonger les cordes de camp.
- 1Fais une boucle au bout du cordage le plus gros.
- 2Passe le cordage fin dans la boucle, de bas en haut.
- 3Fais-lui contourner les deux brins de la boucle et glisse-le sous lui-même. Les deux bouts libres doivent sortir du même côté.
Brêlages et constructions
De bois et de corde, sans un clou
Les jeunes d'une patrouille préparent des croquis soignés et deviennent ainsi de vrais architectes, puis des constructeurs — de futurs ingénieurs. Tout ce qui s'élève au camp s'élève avec du bois mort, de la corde et des nœuds.
Le brêlage carré
Assemble deux barres perpendiculaires. Il commence et finit par un nœud de cabestan. Trois ou quatre tours, puis les frappes entre les barres.
Le brêlage diagonal
Pour des barres qui se croisent en biais et tendent à s'écarter. On commence par un nœud de bois sur la diagonale courte.
Le brêlage droit
Assemble deux barres parallèles pour les rallonger ou faire un trépied. On laisse du jeu, puis on écarte les pieds.
La table de patrouille
La première construction de tout camp. Quatre pieds, un cadre, un plateau de perches liées. Deux heures avec toute la patrouille.
Le portique de patrouille
Le signe d'identité du coin. Il porte le fanion et le nom de la patrouille. C'est là qu'on met son orgueil.
L'autel de camp
On le construit pour la messe du dimanche, avec soin et en silence. On le démonte au départ, et le bois retourne à la forêt.
La nature est la maison des scouts pour quelques heures ou quelques jours. Les jeunes ont l'occasion — et sont encouragés — d'y bâtir leur propre maison.
Orientation
La carte, la boussole et ce que dit le terrain
Le topographe de la patrouille étudie la carte et fixe l'itinéraire. Il répond du fait que la patrouille arrive où il faut, à l'heure qu'il faut.
L'azimut
L'angle, mesuré en degrés, entre la direction du nord et celle où tu vas. Il se lit dans le sens des aiguilles d'une montre.
- 01Pose la boussole sur la carte, le bord sur la ligne qui te relie à l'objectif.
- 02Tourne le cadran jusqu’à ce que ses lignes soient parallèles aux méridiens de la carte.
- 03Lis le degré à l'index de la boussole — c'est l'azimut.
- 04Relève la boussole, tourne-toi jusqu'à ce que l'aiguille rouge entre « dans sa maison ». Marche droit devant.
La montre et le soleil
Dirige l'aiguille des heures vers le soleil ; la bissectrice entre l'aiguille et midi indique le sud (hémisphère nord).
L'étoile Polaire
Prolonge cinq fois le bord arrière de la Grande Ourse : le nord est là, à moins d'un degré près.
Le double pas
Compte tes doubles pas sur 100 m en terrain plat. Tu sauras ensuite mesurer n'importe quelle distance sans instrument.
Les courbes de niveau
Plus elles sont serrées, plus la pente est raide. Un « V » qui monte marque un vallon ; un « V » qui descend, une crête.
Signes de piste
L’alphabet laissé sur le sol
Ils se font avec des bâtons, des pierres ou de l'herbe arrachée, à hauteur visible, toujours du côté droit du chemin. La règle d'or : qui laisse des signes les ramasse au retour.
- Suivez-moi
- Tournez à droite
- Tournez à gauche
- Tout droit
- Mauvais chemin
- Attendez ici
- Obstacle à contourner
- Fin de piste
- Le camp est proche
- Eau potable
- Message caché ici
- Danger
- Carrefour
- Abri
- Village / habitants
- Montée difficile
Transmissions
Le morse
Il se transmet au sifflet, à la lampe, au fanion ou en frappant sur un tuyau. Un « court » dure une unité, un « long » trois ; on laisse trois unités entre les lettres et sept entre les mots.
- A
- B
- C
- D
- E
- F
- G
- H
- I
- J
- K
- L
- M
- N
- O
- P
- Q
- R
- S
- T
- U
- V
- W
- X
- Y
- Z
- 1
- 2
- 3
- 4
- 5
- 6
- 7
- 8
- 9
- 0
SOSSOS — trois courts, trois longs, trois courts, sans pause entre les groupes. Le seul signal que chaque scout doit savoir par cœur.
Le feu
Quatre foyers, quatre usages
On n'allume que là où c'est permis, loin des racines et des branches basses, dans un foyer dégagé jusqu'à la terre. On éteint à l'eau, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de vapeur — jamais en jetant de la terre sur la braise.
Le feu pyramide
Prend vite et donne une haute flamme. Pour la lumière et la veillée, non pour cuisiner.
Le feu pagode
Brûle longtemps et régulièrement, sans être nourri. Pour la braise et les longues nuits.
Le feu étoile
Quatre ou cinq bûches poussées vers le centre à mesure qu'elles brûlent. Le feu le plus économe.
Le feu en tranchée
Creusé dans le sol, à l'abri du vent, la grille par-dessus. Le feu de cuisine de la patrouille — et le plus discret.
- 01Rassemble d'abord tout le bois, puis allume. Un feu qui s'éteint parce que tu es parti chercher du bois est un feu perdu.
- 02Trois calibres : amadou (fin comme une aiguille), brindilles (grosses comme un doigt), bûches (grosses comme le poignet).
- 03Uniquement du bois mort et sec, ramassé au sol. On ne coupe jamais de bois vivant.
- 04Une seule allumette. Qui réussit à la deuxième a encore du travail.
- 05Le feu ne se laisse jamais sans surveillance. Pas une seconde.
La cuisine de camp
Cuisiner au feu de bois
On cuisine sur la braise, pas sur la flamme. La flamme brûle l'extérieur et laisse l'intérieur cru ; la braise donne une chaleur égale et maîtrisable.
L'ordre
On allume le feu 40 minutes avant le repas. Pendant qu'il brûle, on prépare les légumes. On cuisine sur la braise.
Les quantités
La règle de l'intendant : 120 g de pâtes sèches, 250 g de pommes de terre ou 100 g de riz par personne. Plus un tiers en montagne.
L'hygiène
Mains lavées avant. Viande séparée du reste. Vaisselle faite juste après le repas, jamais « plus tard ».
L'eau
Si elle ne vient pas d'une source connue, on la fait bouillir une minute à gros bouillons. Au-dessus de 2000 m, trois minutes.
Secourisme
Ce que fait un scout avant l'arrivée des secours
L'infirmier de patrouille tient la trousse et répond des blessés. Mais les premiers gestes, tout le monde les connaît — parce que l'accident n'attend pas le spécialiste.
- 01
Protéger
Supprime le danger avant de toucher le blessé. Un sauveteur blessé devient un second blessé.
- 02
Examiner
Conscient ? Respire-t-il ? Saigne-t-il ? Dans cet ordre, sans sauter une étape.
- 03
Alerter
112. Tu dis : où tu es (coordonnées ou repère clair), ce qui s'est passé, combien de blessés, dans quel état. Tu ne raccroches pas le premier.
- 04
Secourir
Hémorragie : compression directe. Inconscient qui respire : position latérale de sécurité. Froid : isole du sol, puis couvre.
Le sac à dos
Ce qui entre dans un sac de sortie
La règle : le poids ne doit pas dépasser le cinquième du poids du corps. Le lourd se place en haut et contre le dos. Tout ce qui doit rester sec entre dans un sac fermé.
Toujours
- Gourde (1,5 l)
- Cape de pluie
- Pull, même l'été
- Lampe frontale
- Sifflet
- Couteau (à partir de 12 ans)
- Boussole
- Carnet et crayon
- Allumettes en boîte étanche
- Trois mètres de corde
Pour une nuit
- Sac de couchage
- Tapis de sol
- Rechange complet
- Gamelle, quart, couverts
- Savon et petite serviette
- Lunettes de rechange / médicaments
Jamais
- Le téléphone au camp
- Beaucoup d'argent
- Des vêtements blancs
- Des baskets comme seules chaussures
- Ce que tu ne veux pas perdre
Aucune trace
Le lieu se laisse plus propre qu'on ne l'a trouvé
Le scout voit dans la nature l'œuvre de Dieu ; il aime les plantes et les animaux. Le sixième article de la Loi n'est pas une métaphore : il a des conséquences pratiques, vérifiables, à chaque camp.
Au départ, le foyer se défait et la terre se remet. La feuillée se rebouche. La corde se ramasse. Le bois retourne à la forêt. On fait un dernier passage, en ligne, épaule contre épaule, dans tout le camp — et l'on ramasse tout ce qui reste, y compris ce qui n'était pas à nous.
À la fin, quelqu'un se retourne et regarde la clairière. Si l'on voit que nous sommes passés, nous n'avons pas fini.
Cela s'apprend en faisant
Tout cela s'apprend en un seul camp.
Le texte ci-dessus se lit en vingt minutes. Il s'apprend en dix jours, sous la tente, avec les mains.