
Le patron du groupe
Vladimir Ghika, le prince qui est resté.
Il pouvait se sauver. Il avait un passeport diplomatique, un frère ambassadeur, des amis à Paris et à Rome. Il est resté à Bucarest, avec ceux qui ne pouvaient pas partir. Il est mort à la prison de Jilava, à quatre-vingts ans, confessant jusqu'à la dernière semaine.
Pourquoi lui
On ne choisit pas un patron pour la décoration.
Un groupe scout prend le nom d'un saint parce qu'il veut lui ressembler. Nous avons choisi un homme qui avait tout — le sang princier, la culture européenne, huit langues, les salons de Paris — et qui a choisi de passer sa vie parmi les cholériques, les tuberculeux, les réfugiés et les enfants des rues.
C'est exactement ce que nous voulons transmettre : la noblesse n'est pas un privilège, c'est une obligation. Qui a reçu davantage sert davantage. Et qui promet « sur son honneur » doit savoir que l'honneur se paie parfois cher.
Vladimir Ghika a été béatifié à Bucarest le 31 août 2013, comme martyr. Sa fête est le 16 mai, jour de sa mort.
La vie, en bref
De Constantinople à Jilava
Il naît à Constantinople le 25 décembre 1873, dans l'une des grandes familles régnantes des Roumains : les Ghika ont donné des princes à la Moldavie et à la Valachie. Son père est général et diplomate ; son enfance est une succession de capitales.
Il étudie en France — médecine, botanique, art, sciences politiques — puis la théologie, à Rome. Il ne sera pas médecin ; mais il restera toute sa vie un homme qui s'approche des malades sans peur et sans dégoût.
Il fut tour à tour laïc engagé dans les œuvres de charité, diplomate officieux du Saint-Siège, ami des reines et des mendiants, fondateur d'hôpitaux et de dispensaires, prêtre à Paris et à Bucarest. Ses contemporains l'appelaient le « vagabond apostolique » : il a servi des faubourgs parisiens jusqu'au Japon, à l'Australie et à l'Amérique du Sud.

Chronologie
Quatre-vingts ans, en quelques dates
- 1873
Naissance à Constantinople
Il naît le 25 décembre dans la famille Ghika, qui a donné des princes à la Moldavie et à la Valachie. Il est baptisé dans l’Église orthodoxe.
- 1898
Études à Rome
Après des études de médecine, de botanique, d'art et de sciences politiques en France, il gagne Rome où il étudie la théologie et la philosophie au collège dominicain de l'Angelicum.
- 1902
Conversion au catholicisme
À 29 ans, il entre en pleine communion avec l'Église catholique, sans renoncer à son amour de l'Orient. Il dira être devenu catholique « pour être plus pleinement orthodoxe ».
- 1906
Premières œuvres sociales en Roumanie
Il fait venir à Bucarest les Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul et fonde des œuvres pour les malades et les pauvres : le premier dispensaire gratuit, le premier service d'ambulance.
- 1913
L’épidémie de choléra
Pendant la campagne de Bulgarie, il soigne les cholériques à Zimnicea, au moment où d'autres fuyaient.
- 1923
Le sacerdoce, à Paris
Il est ordonné prêtre le 7 octobre, à près de 50 ans. Il reçoit la faculté de célébrer dans les deux rites, latin et byzantin — une unité vécue dans sa propre personne.
- 1924-1939
Les années françaises
Il sert dans la « zone » de misère aux portes de Paris, à Villejuif et à Auberville. Il prêche, il écrit, il rassemble autour de lui convertis, artistes, ouvriers, étudiants.
- 1939
Le retour en Roumanie
Il rentre pour des vacances ; la guerre le surprend et il reste. Il ne repartira jamais, alors qu'il le pouvait.
- 1944-1948
Sous l’occupation soviétique
Il demeure à Bucarest, aide les réfugiés, nourrit les affamés, garde la chapelle ouverte. L'Église gréco-catholique est supprimée en 1948, l'Église romaine étranglée.
- 1952
L’arrestation
Il est arrêté le 18 novembre, à presque 79 ans, accusé d'« espionnage au profit du Vatican ». Suivent les interrogatoires, les coups, le froid, la faim.
- 1954
La mort à Jilava
Il meurt le 16 mai à l'infirmerie de la prison de Jilava. Les détenus racontent que, jusqu'au bout, il a confessé, consolé et partagé le peu qu'il avait.
- 2013
La béatification
Il est déclaré bienheureux comme martyr le 31 août, à Bucarest, devant des milliers de fidèles — première béatification jamais célébrée en Roumanie.
La conversion
« Catholique pour être plus pleinement orthodoxe »
Sa conversion ne fut pas une rupture, mais un élargissement. Il est resté amoureux de la tradition orientale dans laquelle il avait été baptisé, et lorsqu'il reçut le sacerdoce il demanda et obtint de célébrer dans les deux rites. Il célébrait en latin le matin et en byzantin le soir, le même jour, dans la même église.
Pour un groupe scout d'un pays majoritairement orthodoxe, où les enfants viennent de familles de traditions différentes, c'est une leçon précieuse : l'unité ne se fait pas en effaçant les différences, mais en les aimant.
Il a payé ce choix cher : sa famille ne l'a pas compris tout de suite, et une partie de la société roumaine l'a regardé avec suspicion jusqu'à sa mort.
Fais tout le bien que tu peux faire, avec la même simplicité que tu mets à le faire pour toi-même.
Le service des pauvres
Un prince dans les faubourgs
À Bucarest, il fonde le premier dispensaire gratuit de la ville et un service d'ambulance — des choses qui semblent aujourd'hui évidentes et qui n'existaient pas alors. À Paris, il s'installe dans la « zone » : les baraques en marge de la ville, où vivaient chiffonniers, immigrés, familles sans rien.
Il ne faisait pas la charité de loin. Il habitait là. Il mangeait ce qu'ils mangeaient. Il les confessait, les enterrait, baptisait leurs enfants. Un témoin raconte qu'il portait toujours dans sa poche des morceaux de sucre pour les enfants croisés dans la rue.
Le scoutisme appelle cela le service du prochain et le range parmi ses cinq buts. Non comme activité occasionnelle, mais comme manière d'être. « La bonne action quotidienne » n'est pas un slogan pour enfants : c'est l'exercice journalier de toute une vie.

Le martyre
Celui qui pouvait partir
En 1939, il revient en Roumanie pour des vacances. La guerre éclate et il reste. Son frère Demetriu était ambassadeur à Paris ; la porte était ouverte. Il a refusé. Il a expliqué simplement : on ne quitte pas son troupeau.
Après 1948, le régime communiste supprime l'Église gréco-catholique et entreprend la destruction méthodique de l'Église romaine. Les prêtres sont arrêtés un à un. Vladimir Ghika continue de célébrer, de confesser et d'aider — y compris des prêtres orthodoxes et des juifs persécutés.
Il est arrêté le 18 novembre 1952. Il a presque 79 ans. Il est interrogé, frappé, laissé au froid. Il est condamné à trois ans pour « haute trahison ». Il meurt le 16 mai 1954, à l'infirmerie de Jilava. On ne lui a pas donné de tombe connue.
Ceux qui sont sortis des prisons ont raconté la même chose : jusqu'au bout, il fut serein. Il confessait à travers les murs, en frappant. Il partageait sa ration. Il priait pour ses interrogateurs.
Ses mots
Quelques lignes à garder en poche
Il a peu écrit et dense. Voici quelques pensées qui conviennent étonnamment bien à une patrouille en route vers la crête.
« Ne dis jamais : je ne peux pas.
Dis : je ne peux pas seul. »
« La souffrance que l'on accepte
n'est plus la même souffrance. »
« Celui qui donne de son peu
donne plus que celui
qui donne de son superflu. »
« L’amour ne se démontre pas.
Il se fait. »
Ce qu'il nous demande
Quatre choses que nous lui demandons
- 01
N'ayons pas honte de la foi.
Il a vécu à une époque où être catholique en Roumanie coûtait la liberté. On ne nous demande pas tant : seulement de ne pas cacher la croix de notre foulard.
- 02
Servons concrètement.
Pas des « projets sociaux », mais les mains sales : un vieillard raccompagné, une cour nettoyée, un repas cuisiné pour quelqu'un qui ne peut pas.
- 03
Restons quand c'est dur.
Dans une patrouille, dans une amitié, dans une promesse. La vertu scoute la plus difficile n'est pas le courage, c'est la persévérance.
- 04
Aimons l'Orient et l'Occident.
En Roumanie, nous sommes voisins, collègues et amis d'orthodoxes. Son modèle nous interdit aussi bien l'indifférence que le mépris.
16 mai
Bienheureux Vladimir, priez pour nous.
Chaque année, le 16 mai, le groupe se rassemble pour la fête du patron. Venez, même si vous n'êtes pas encore des nôtres.